Quand le tourisme vert se heurte à une « em-bûche » écologiste : Center Parcs en Isère

  

Quand le tourisme vert se heurte à une « em-bûche » écologiste : Center Parcs en IsèreBeaucoup de touristes apprécient de partir se reposer dans des villages vacances. Certains sont thématiques, d’autres traditionnels. Certains appartiennent à des propriétaires au même titre qu’un camping, alors que d’autres font parties d’une chaîne, comme Center Parcs. S’agissant de cette enseigne, l’affaire fait grand bruit depuis quelques semaines : le projet décrié depuis ses débuts en 2007 d’un Center Parcs dans la forêt de Chambaran est devenu le triste théâtre d’une lutte entre écologistes passionnés et responsables financiers et politiques du projet. Difficile d’avoir une opinion tranchée dans cet imbroglio de cris et de menaces où pourtant chaque parti a des raisons tout à fait valables de s’exprimer. Voici une synthèse d’un conflit qui a pourtant pour objectif l’économie et les vacances.

 

La forêt de Chambaran : un domaine protégé à préserver… de tout ?

L’Isère présente de nombreux atouts touristiques, la montagne avec les Alpes et des complexes skiables basés principalement autour de Grenoble et de la région de Chambéry. Le département possède bien sûr une nature restée, relativement, sauvage et préservée, s’étendant à perte de vue entre reliefs montagneux, vallées et lacs enchanteurs, principalement l’hiver. A cela ajoutons le fort potentiel attractif du triangle citadin formé autour du département par Lyon, Chambéry et Valence.

 

Malgré ce tourisme de masse autour de ces régions, il y a pourtant d’autres merveilles moins connues que ce joli département propose aux visiteurs tel le Parc naturel de Chambaran tout proche de la petite ville de Roybon. Outre sa faune sauvage où le promeneur peut croiser à loisir cerfs, sangliers, mouflons et une soixantaine d’espèces d’oiseaux en liberté dans ce parc de 7300 hectares (avec 240 hectares protégés) largement boisés par ses célèbres châtaigniers. Ce domaine immense est surtout remarquable par ses nombreuses nappes phréatiques alimentant les rivières des alentours. Jusqu’au jour où Center Parcs, dirigé par le groupe Pierre et Vacances, attiré par le lieu et sans doute également par les dossiers de subventions, décida malgré les amoureux de ce beau plateau de Chambaran de construire un nouveau complexe dédié aux vacances. Et les cris de révolte des partisans de la nature préservée à tout prix face aux porteurs du projet aux grandes retombées économiques remplacèrent le brame du cerf et le chant des oiseaux.

 

La bataille entre partisans

Depuis le lancement du projet Center Parcs Chambaran en 2007, la bataille juridique entre les opposants au projet touristique et les partisans d’une relance économique d’envergure a fait rage. Et nombre d’actions en justice ont été déposées avec toujours un même résultat : aucune opposition à l’installation d’un Center Parcs en Isère. Malgré les conclusions pourtant négatives de l’enquête publique menée entre avril et mai 2014 concernant la loi sur l’eau (le futur projet se situe sur des zones humides), la préfecture de l’Isère donna son accord au commencement du chantier.

 

Le défrichage de la forêt commença donc le 20 octobre 2014 dans une tension palpable. Avec pour résultat des dégradations, des insultes, des cris, des dommages matériels et une colère qui monta entre les différents camps jusqu’à son apogée lors de la manifestation du 30 novembre réunissant de 500 à 1500 personnes, selon les sources, pour crier leur révolte avec des slogans très évocateurs : « Prends des vacances Pierre », « enquête publique bafouée »…  Le centre de vacances assure pourtant que la moitié va être reboisée, le premier défrichement étant pour créer le contexte dans les normes. Puis une centaine de membres du collectif « ZAD » (zone à défendre) prirent place ce même jour dans une maison abandonnée proche de la zone de travaux afin d’organiser la résistance. La zone est devenue périlleuse, les accès sont contrôlés et les travaux momentanément interrompus. Mis à part quelques bûcherons discrets, jusqu’à la décision du tribunal qui sera rendue le 12 décembre prochain face à la demande de plusieurs associations, la forêt est occupée par les zadistes.

 

Cette affaire a donc pris un tournant qui n’est plus régional mais national, engageant même certains des politiques soudés en faveur de ce projet à se désolidariser de la cause. Le ministre de l’Intérieur pris à partie lui aussi préfère attendre la décision rendue par la justice préférant « un bon compromis ».

 

 

Le développement du tourisme et l’écologie sont-ils vraiment incompatibles ?

Au vu de cette affaire et d’autres plus dramatiques encore, telle celle du barrage de Sivens, l’exaspération face à la démesure de certains projets a pris le pas sur la communication et la discussion.

 

A lire les arguments des zadistes occupant, rappelons-le, illégalement, une maison qui ne leur appartient pas, le projet Center Parcs Chambaran est une aberration écologique « en violation de tous les garde-fous environnementaux et démocratiques ». En revanche pour les partisans du projet, finalement nombreux mais bien plus discrets, l’arrivée d’un Center Parcs dans une zone en plein endormissement commercial et industriel est une manne tant pour la commune que pour les industries présentes sur le chantier, sans compter les commerçants et les 700 emplois promis par Pierre et Vacances aux habitants du secteur.

 

Bien sûr, une partie de la forêt existante sera défrichée : pour les opposants il s’agit de 110 à 120 hectares de zones humides détruites, pour les porteurs du projet 76 hectares… Bref même aucun accord numérique n’est possible ! Là où les opposants écologistes voient un saccage de la nature par du béton et du gâchis d’eau pour des touristes parqués dans une faune exotique exubérante, les partisans soutenant ce projet voient l’opportunité de l’installation d’une structure touristique respectueuse de l’environnement avec mille cottages écologiques construits sur pilotis et des installations imperméabilisées pour respecter ces fameuses zones humides, point de naissance de deux rivières.

 

 

Comme si la grande vague de béton qui a envahi nos côtes et nos zones naturelles dans les années 70 et 80 avait laissé derrière elle le souvenir amer d’une nature défigurée, d’un paysage dévasté par des complexes hôteliers à perte de vue. Pourtant beaucoup des projets touristiques d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’hier, fort heureusement, et surtout Center Parcs, du moins c’est la vision que j’en ai. Ils sont désormais, dans leur grande majorité, beaucoup plus respectueux d’une démarche environnementale et humaine. Encore faut-il pouvoir s’entendre, encore faut-il être capable de s’écouter… Espérons que la justice sera mettre de l’ordre de ce brouhaha d’arguments !